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MontbaZine 2019


















Pierre Paul Poulalion


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Chant à Gutenberg
de P.P. Poulalion



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www.memoiredemontbazin.fr













Le poète boiteux

Voici l'étonnant accueil offert aux visiteurs de cimetière de Montbazin "Nous vous attendons". Nous le devons à l'un des fils les plus remarquables de notre village Pierre Paul Poulalion.


Simon Brugal, alias Firmin Boissin, dans "Excentriques disparus", ouvrage dans lequel il dessinait le portrait de quelques personnages pittoresques, écrivit que Pierre Paul Poulalion disait avoir vu le jour dans les plaines fertiles que l?Orb arrose... mais le fait est que il était né à Montbazin le 29 juin 1801.

Pierre-Paul Poulalion eut son heure de célébrité. De 1867 à 1870, on ne connaissait que lui sur la Rive Gauche. C'était un petit vieux qui portait des cheveux à la Garnier-Pagès, et des lunettes comme M. Darimon. Il ne marchait pas, il tressautait, ou plutôt il s'avançait à cloche pied, pareil à l'Empuse dont parle Apulée de Madaure. Quelque temps qu'il fît, Poulalion n'allait jamais sans son parapluie de cotonnade rouge,et un immense cartable. Le parapluie avait appartenu à sa seconde femme une gourgandine plus que mûre, qui courait encore la prétentaine dans les villes du midi. Le cartable renfermait les ?uvres inédites du poète, et la collection de son journal. Car Poulalion (et en était-il fier !) publiait, chaque semaine, à ses risques' et périls, une feuille de chou Le Poète boiteux. Revue littéraire, scientifique et lyrique, dont il faisait lui même le placement dans les caboulots de la rue Monsieur-le-Prince et du boulevard Saint-Michel.

Poulalion avait adopté le procédé des aveugles. Il rôdait de table en table, et déposait, sans souffler mot, lc_produit de son lyrisme devant les consommateurs. Si vous vous intéressiez à ce brave homme, il ne fallait pas entamer avec lui de conversation il y allait de sa recette quotidienne. Poulalion était intarissable, chaque fois qu'il s'agissait de lui et de son esthétique. Cela durait trois, quatre heures. Il ne vous lâchait pas, qu'il ne vous eût débité, de fil en aiguille, tous les secrets de sa grande âme. Un jour, je lui demandais quel était son pays d'origine. Il me répondit sur un ton tout-à-fait tragique :

"Je suis un compatriote de Jean-Pons Guillaume Viennet. J'ai vu le jour, monsieur, dans ces plaines fertiles que l'Orb arrose, au sein d'une riche nature dont ce vers latin (Poulalion avait étudié pour être prêtre) exprime toutes les merveilles: 'Si vellet Deus in terris habitare, Biterris' Si Dieu voulait habiter sur terre, il habiterait Béziers".

"Oui, répliquai-je, pour y être crucifié de nouveau. Utiterum crucifigeretur".
"Le fait est," me dit Poulalion, "que les Biterrois ne sont pas commodes".
"Mais, tout cela ne m'apprend pas s pourquoi vous avez quitté vos dieux lares (avec le poète boiteux, il fallait toujours être mythologique)."

"C'est bien simple. J'étais né pour un plus vaste théâtre."

Texte extrait de l'ouvrage "Excentriques disparus" de Simon Brugal, alias Firmin Boissin.