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MontbaZine 2017




Faisons la guerre... à l'inculture

La France est en guerre mais beaucoup de français bêlent en c?ur "même pas peur". Fanfaronnade qui cache mal la trouille qui suinte de leurs commentaires : "y a qu'à les  mettre tous en prison !", "y a qu'à les expulser", y a qu'à...". Pas si simple. Pas si simpliste, surtout.

Moi, je ne roule pas des mécaniques au bar du café du coin. J'ai peur. Des fous de dieu en priorité, ces barbares mus d'une haine que le monde animal même ignore. Mais je suis aussi très inquiet à l'annonce des réponses circonstancielles autoritaires prises au plus haut niveau de l'état. On dénombrerait, nous dit-on, environ 10 000 jeunes touchés par la peste du djihad. De toute évidence, ce nombre ? important ? rassemble d'une part des femmes et des hommes fanatisés à l'extrême et bien connus des services de police comme de la justice et d'autre part une bonne majorité de jeunes en voie de radicalisation. Les mettre tous dans le même panier produirait des effets désastreux. Si la neutralisation des premiers est une mesure évidente de sécurité publique, emprisonner ou simplement mettre sur la touche les seconds risquerait fort d'accélérer leur plongée infernale dans l'idéologie de mort.

Alors, que faire ?

Avant de répondre, il est bon de rappeler les méthodes d'embrigadement des fous de dieu pour mieux les combattre. Les semeurs de l'idéologie mortifère usent toujours du même processus : tisser des liens avec un jeune souvent en situation d'échec ; lui apporter aide et réconfort dans un premier temps ; le désocialiser ensuite (y compris au niveau des liens familiaux) ; puis déconstruire toute sa personnalité ; enfin, le conditionner intensivement pour qu'il obéisse aveuglément et sans plus réfléchir au maître sanguinaire. L'homme a disparu, la machine à tuer est opérationnelle. On vient de décrire la première catégorie, celle des terroristes déjà catéchisés dans l'extrémisme. A court et à moyen terme, nous ne pouvons plus rien pour les récupérer. Protégeons-nous d'eux. À*l'état de droit de puiser dans son arsenal législatif et juridique pour les neutraliser.



Pour les autres, en voie de radicalisation, notre réponse doit être tout à fait différente. Mettons en place des mesures énergiques mais constructives et mettons au service de ces mesures de gros moyens pour réussir. Une sorte de plan Marshall éducatif de la laïcité et pour la paix.

Lançons d'urgence de vastes programmes éducatifs spécifiques et ciblés, mis en ?uvre dans des cadres et des lieux adaptés, pour ces jeunes afin qu'ils ne deviennent pas à leur tour des sicaires de la mort. Avec une claire détermination et sans faiblesse : c'est l'état de droit qui désigne et qui décide ; il n'y a ni la place ni le temps pour les atermoiements communautaristes. Et pour y enseigner quoi ? Avec comme fil d'Ariane la laïcité, inculquer à ces jeunes les outils qui forment à la citoyenneté : des informations plurielles, différentes, divergentes sur le monde, la vie, les civilisations, les religions et courants de pensée. Leur apprendre à découvrir, à comprendre, à comparer, à mesurer. Puis à relativiser, à s'interroger, à s'éveiller à l'esprit critique, à se forger des opinions structurées et raisonnées et pourquoi pas des croyances apaisées. Enfin connaître et reconnaître l'autre, l'accepter et le respecter.

Je le sais bien : tout ce qui est énoncé ici se retrouve à divers degrés et niveaux dans les programmes de notre école. Mais quand on a échoué en enseignement de masse, on recommence, très déterminés, avec d'autres méthodes et des groupes très restreints, avec des enseignants et formateurs volontaires, dans une structure spécifique, avec enfin d'autres moyens. Les moyens, parlons-en : ils doivent être massifs et immédiats. Ne mégotons pas devant l'urgence. 5000 policiers supplémentaires, c'est juste un rééquilibrage nécessaire. Si on ajoutait 500 éducateurs/formateurs/professeurs spécialisés, exclusivement affectés à cette mission, ce serait beaucoup mieux. Un avion de guerre comme le rafale coûte environ 116 millions d'euros. Pour bien moins cher et pour un résultat probablement plus efficace, on peut essayer de récupérer quelques milliers de nos jeunes. Et puis, très égoïstement, c'est dans notre intérêt, non ?

Yvon (19-11-2015)


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