*
MontbaZine 2017



La réalité virtuelle !
par Xavier de La Porte

Le déni de réalité est le point de départ et la conclusion du livre de Louis Chauvel "La spirale du déclassement, Essai sur la société des illusions". Or, pour qui s?intéresse aux technologies, cette idée fait immanquablement à ce qu?on annonce comme le prochain Graal des technologies contemporaines, la réalité virtuelle.


Elle est annoncée comme LA prochaine irruption technologique dans notre quotidien, et dont les fameux Pokémon Go ont été la première manifestation de masse. Bon, en fait, on réunit sous ce terme de ?réalité virtuelle? des choses assez différentes : les Pokémon GO relèvent à proprement parler de la réalité augmentée (c?est-à-dire du fait d?ajouter à l?environnement un contenu numérique qui n?est perceptible que via l?écran) alors que la réalité virtuelle stricto sensu, c?est la création d?univers numériques dans lesquels on pénètre par des casques, mais des univers qui réagissent aux mouvements de notre corps, ce qui donne l?impression d?y évoluer physiquement. Mais peu importe, dans tous les cas, il s?agit d?une pénétration plus forte encore entre le physique et le numérique. Et tout le monde s?y intéresse : les grands acteurs du numérique (en mars 2014, Facebook a dépensé 2 milliards de dollars pour acquérir le fabricant de casque Occulus Rift et Daydream, la plateforme de réalité virtuelle de Google est annoncée pour les semaines à venir), l?industrie du loisir s?y intéresse également (les jeux vidéos, mais pas seulement, il paraît que les casinos travaillent à des programmes permettant de se croire en smoking à Las Vegas alors qu?on est en caleçon dans son canapé à La Courneuve), sans compter la publicité, la presse etc. Bref, c?est la croyance technologique du moment.

La question que je me pose est donc la suivante : en quoi l?expansion des réalités virtuelles ou augmentées pourra-t-elle modifier notre appréhension du fait social ? A priori, on ne voit pas bien le rapport entre les deux, ce n?est pas un casque Occulus Rift qui modifie les chiffres du chômage. Sauf que dans notre appréhension du fait social, il y a aussi une part sensible : ce que l?on voit de la société et de notre environnement, comment ils agissent sur nous, ce qu?ils provoquent en nous.

Lire la suite : www.franceculture.fr