*
MontbaZine 2018




Violence et indifférence

Cette image d’un élève qui pointe son flingue sur la tempe d’une enseignante me colle aux yeux. Sa violence stupide –on a l’impression qu'il imite un acteur– et surtout son décor tristement banal permettent à tout le monde de se représenter ce qui se passe dans cette classe et de s’y projeter. L’établissement est paraît-il plutôt calme, mais la portée de ce geste va bien au-delà de ce fait divers. Je m’interroge sur l’effet d’une telle vidéo sur l’image de l’école dans les quartiers populaires, et sur les parents, le corps enseignant, les élèves qui la voient. Car si le pistolet est faux, l’image est vraie.



Même si le nombre d'incidents violents en milieu scolaire est stable et que l'école et la violence ont hélas toute une histoire en commun –et pas seulement dans les quartiers populaires–, elle inquiète au point que des parents essaient de mobiliser sur cette question.

Mais cette image fait éclater le silence et l’euphémisation qui touchent les violences à l'école depuis des années. En ce sens, les directrices et directeurs sont souvent accusés de ne pas vouloir «faire de vagues», afin d'éviter d'alimenter la mauvaise réputation des établissements, voire de ménager leur propre carrière. Le hashtag #PasDeVague, lancé dans les heures qui ont suivi la divulgation de la vidéo, offre une glaçante compilation de témoignages qui mettent en avant une double réalité : la violence et l’indifférence.

Source : Slate.fr (23-10-2018)