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MontbaZine 2019






































Roule ma poule !
Chronique N°54

J’avais bien remarqué, l’été dernier, qu’il y avait une certaine agitation à la sortie de Montbazin, avenue de Villeveyrac. Curieux comme le poufre sétois, mais hélas avec un seul coeur qui parfois fait du rap, je m’enquis auprès de deux gaillards bien stabilisés sur leur pelle des raisons de cet affairement. "On se présente, monsieur, nous sommes Gilles et John", me répondirent les dignes gardiens de la voie d’Hermès, tels des kouros. Effectivement, Gilles et John étaient vêtus de tuniques couleur citron, dernières créations du dieu de la mode chargé d’aménager routes et chemins du monde barbare. Ils ajoutèrent "Vous avez déjà sur le village la Via Domitia, nous vous faisons maintenant la Via Desideravit". Faisant appel à mon latin d’arrière cuisine vermoulu je supposais donc qu’ils voulaient dire "la Voie Désirée". Par quel remarquable sens de la divination mes sentinelles ont-elles perçu mon désir caché ? Eh oui, je l’attendais depuis si longtemps, cette voie tant désirée par les immigrés autant que par les indigènes du cru. Pensez ! Environ 8 760 000 demi-tours de sablier étalonné à 3 minutes pour cuire les œufs. Ou près d’un demi siècle pour les anciens qui comprennent ce que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

Les yeux humides d’émotion, je me remémorais les vœux de notre première édile municipale qui, en janvier 2018, comme les années précédentes au demeurant, nous assuraient que le bon peuple roulerait sur la route du bonheur avant la fin de l’année… Las, en ce début de l’an neuf, 2019 pour être précis, quel ne fut mon désenchantement en randonnant pédestrement sur la voie de l’espoir séculaire : pas un seul gilet jaune pour ralentir la circulation des turbo-calèches aux puissants chevaux fiscaux. Et pour cause ! La chaussée avait déjà été barrée par Gilles et John aidés de leurs collègues de chantier, et pour cause...de travaux inachevés. Il me revint à l’esprit ce mot d’Oscar Wilde "Tout chemin aboutit au même point : la désillusion".

Allons, foin du pessimisme ! Toisons d’un regard conquérant la radieuse chaussée asphaltée qui se déroule devant nous. Nous l’aurons un jour, nous l’aurons !

Brettus (06-01-2019)