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MontbaZine 2019











Des hors-la-loi de la vigne cultivent
six cépages interdits



Malgré la loi de 1934, des rebelles poursuivent les vinifications de
six cépages interdits qui se cultivent sans pesticide, dans l'espoir
de les libérer.


"J'ai du noah, ça fait un vin fort, mais y a pas trop de jus. Je le vendais comme ça, en contrebande. Pas de nuit quand même." Non, en plein jour, pendant ses jours de congés. Noé Chat est vigneron amateur dans les Cévennes ardéchoises, casquette d'ancien vissé sur la tête et visage ridé qui témoigne d'une retraite installée depuis un bail. Il cultive du noah, un des six cépages interdits par la législation européenne. Isabelle, Clinton, Jacquez, Othello, Herbemont et Noah [Voir] : l'énumération sonne comme une liste de mécréants à abattre.
Mais c'est à l'arrachage qu'ont été condamnées ces six variétés de raisin [Voir] le 24 décembre 1934.

À l'époque, les vigneronnes et vignerons amateurs se sont opposés à l'interdiction qui, à leurs yeux, visait le vin du peuple : sous la vigne cultivée sur treille, à deux mètres du sol, on faisait pousser les légumes de son potager du dimanche. Ces mesures qui allaient à terme raser ce tableau paysan bucolique n'ont pas empêché de dormir les Cévenols qui ont laissé certains de leurs ceps en terre. Comme Noé Chat, André Noël a ravivé sa mémoire face à la caméra de Stéphan Balay pour son documentaire Vitis prohibita consacré au sujet : "Mon père avait dit aux gendarmes : "On les a plantés, on les arrache pas."

"J'ai compris qu'il y avait des enjeux sociaux et environnementaux très importants qui dépassent largement la petite histoire locale."

Depuis, rien n'a changé ou presque. En 2003, on cesse de les considérer comme "interdits" pour les basculer dans la catégorie "non-autorisés". La culture et la consommation familiale sont tolérées, la commercialisation bannie. Les confitures et le jus de raisin, oui, le vin, non. Pourtant, des pros de la vigne ont repris les vinifications de ce breuvage de grand-père –le leur, souvent– et poursuivent la tradition. Fin de l'état de somnolence : on communique davantage sur l'espoir que représentent ces variétés sur le plan environnemental.

Source : Slate.fr (30-03-2019)