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MontbaZine 2020




Élucubrations d’un poisson rouge
le 1er avril.




Je tourne en rond dans mon bocal, comme tous les Maurice de la terre. Pour éviter une arthrose asymétrique, je change de sens toutes les minutes et pour entretenir ma nageoire dorsale, je monte et descend tous les cinq tours. Compte-tenu que mon bocal fait 24.5cm de diamètre extérieur, que le verre a une épaisseur d’1.5mm, et que je longe la paroi en restant à 2.3cm de cette dernière et à une vitesse de 2.48 knot, que chaque demi-tour me fait perdre 1.8 seconde, les remontées réduisant ma vitesse à 1.7 knot pendant 2.2 secondes, je vous demande de me dire combien je fais de tours en une heure. Vous avez deux minutes, et sans buller. Vous devez penser que je suis mûr. C’est bien possible, mes bien chers frères, mes bien chères sœurs. Comme vous autres, qui faites aussi des longueurs dans votre aquarium rectangulaire, je l’imagine. Rien à voir avec l’ivresse des profondeurs mais plutôt avec la pressurisation de mon batiscaphe de silice. Car je suis astreint à résidence vaseuse, comme tout le menu fretin de la planète. Une plongée dans le monde du silence en quelque sorte. En effet, j’ai ouïe dire que prendre l’air me serait fatal. Sans bien comprendre, car j’ai des daphnies dans la cervelle, ce qui me rend con, in fine. Et j’ai beau appeler « à l’eau, à l’eau » ma mère Méditerranée pour qu’elle me sorte de la nasse, rien n’y fait. Condamné à brasser du temps fluide depuis les ides de mars, je rêve, petit poisson, d’aimer d’amour tendre un petit oiseau. Mais comment s’y prendre, dame Juliette ? Et quand verrai-je passer au loin les oiseaux, Marie ? La réponse est dans le vent, m’a répondu Richard.

Brettus (31-03-2020)