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MontbaZine 2020







Le professeur Raoult avec sa molécule !   


Chloroquine... oui - non ?

La scène est inhabituelle: mardi 17 mars, à la sortie du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement évoque «un essai clinique mené sur 24 patients qui donne des résultats prometteurs». Ce médicament expérimental contre le Covid-19, la chloroquine (1), était de longue date utilisé contre le paludisme avant d’être remplacé par l’hydroxychloroquine. "Je veux mettre en garde tout le monde, ajoute Sibeth Ndiaye, on ne se précipite pas pour aller en acheter maintenant dans les pharmacies. D’abord parce que si on en prend trop, on peut avoir des conséquences pas terribles, et ensuite parce que nous n’avons pas aujourd’hui la preuve que cela fonctionne."

Tout est parti d’un homme, le Pr Didier Raoult (2), microbiologiste réputé internationalement et grand connaisseur de cet antipaludéen qu’il utilise depuis longtemps contre d’autres infections. "En vingt-cinq ans, j’ai dû traiter environ 4000 personnes avec la chloroquine", explique-t-il sur une vidéo de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée (3).

Ses effets secondaires sont le plus souvent légers et transitoires mais ils peuvent être graves ; et la dose thérapeutique est proche du seuil de toxicité. Le surdosage induit notamment des troubles cardiovasculaires graves et potentiellement mortels6, ce qui explique que l'auto-traitement qui existait autrefois n'est plus recommandé. Dans le monde, elle est de moins en moins utilisée au profit de l'hydroxychloroquine qui est deux à trois fois moins toxique et mieux tolérée à dose élevée.

En 2020, la chloroquine fait partie des médicaments testés contre le coronavirus SARS-CoV-2 lors de la pandémie de Covid-19 avec des risques et résultats qui sont encore discutés.
La chloroquine, médicament contre le paludisme, pourrait-il vaincre le coronavirus ? Des chercheurs chinois ont réalisé des tests sur 100 patients atteints par le Covid-19. L’essai clinique a été mené dans plus de dix hôpitaux chinois, à Wuhan notamment mais aussi Pékin et Shanghai. Et selon les résultats, la chloroquine a amélioré l’état des poumons des patients contaminés et raccourcit la durée de la maladie. Les tests ont été jugés encourageants pour le ministère de la Santé qui va faire rapidement des analyses complémentaires. Mais les autorités sanitaires du monde entier (y compris chinoises) appellent tout de même à la prudence.

Se procurer de la chloroquine en pharmacie est "inutile et dangereux"
Selon nos informations, de très nombreux patients se ruent déjà dans les pharmacies pour acheter de la chloroquine. Ce que Gilbert Deray, néphrologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière contacté par Europe 1, juge "inutile et dangereux". "Il faut y faire très attention parce qu’il donne beaucoup d’effets secondaires, et en particulier il donne des atteintes de la rétine avec des pertes de la vision qui peuvent être irréversibles", prévient-il. Ajoutant que la chloroquine donne également "des troubles du rythme qui peuvent conduire à l’arrêt cardiaque".

"Ce n’est pas du tout un médicament anodin. Il ne faut pas laisser ce médicament se diffuser comme ça sans contrôle médical", souligne encore le néphrologue. À ce stade, la seule chose qu’on peut faire pour se protéger à titre individuel est de se laver les mains plusieurs fois par jour. Et si vous présentez des symptômes, surtout ne vous rendez pas aux urgences mais appelez le 15 (4).