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MontbaZine 2021








Covid : Big Brother

À Séoul, la lutte contre le Covid-19 passe d'abord par la traque des données personnelles. Accès à la localisation des téléphones portables et aux don- nées bancaires des personnes infectées, aux enregistrements des caméras de surveillance pour reproduire leurs déplacements, cartes de quarantaine mises à jour en temps réel, alertes SMS pour les éventuels cas contacts... Les autorités sud-coréennes font prévaloir l'efficacité sanitaire sur la liberté (et le risque de confinement généralisé). Apanage des régimes autoritaires, la surveillance technologique de masse se propagera-t-elle dans toutes les villes? La crise sanitaire a en tout cas accéléré l'exploitation du big data urbain et des outils numériques ou robotiques de contrôle, à l'instar de ce chien-robot tout droit sorti de Black Mirror, aboyant pour le respect de la distanciation physique dans les parcs de Singapour. "Le modèle sud-coréen a une vertu, celle d'être piloté par les pouvoirs publics et non par les Gafa. Il est souhaitable de voir les données traitées comme un bien commun", juge Matthieu Bourgeois, avocat spécialiste du droit du numérique. Et de défendre "l'existence de garde-fous idéologiques, historiques, juridiques en Europe de l'Ouest contre le risque d'abus de pouvoir et de dérives". De l'application TousAntiCovid, fondée sur le volontariat, à la suspension de l'usage de caméras, à la suite d'une condamnation de la Cnil, mesurant le taux du port du masque dans le métro parisien en passant par l'interdiction par le Conseil d'État des vols de drones veillant au respect du confinement, cette crise sanitaire dessine aussi quelques remparts contre l'émergence d'une "ville Big Brother". Autre pare-feu efficace: l'anonymisation des données collectées. À Séoul, ne sont plus divulgués que la "décennie" d'âge du malade, les lieux qu'il a fréquentés et ses heures de passage. De même, l'observation des eaux usées par les épidémiologistes porte la promesse d'allier liberté individuelle et efficacité sanitaire. Les traces du virus y sont détectables cinq à six jours avant l'apparition des symptômes, de quoi laisser du temps pour tester et isoler - si nécessaire - les cas positifs.

Source : Usbek & Rica N°31, pag 73