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MontbaZine 2022














Joséphine Baker au Panthéon

Était-ce son rêve joli? Joséphine Baker, la militante de toutes les libertés, résistante et icône de cabaret aux deux amours et aux milles vies, va entrer aux Panthéon mardi 30 novembre prochain. “Des Folies-Bergère au suprême sanctuaire”, comme l’écrivait Régis Debray en 2013, en lançant l’idée dans les colonnes du Monde.
Il aura donc fallu huit ans pour que cette proposition aux aspects historiques, mais finalement consensuelle, fasse son chemin... Après Simone Veil en 2018 et Maurice Genevoix en 2020, il s’agit là, d’un choix plus inattendu -ou disruptif diraient certains. Il casse les codes en élargissant le profil figé de ceux qui y reposent, pour la plupart hommes d’Etat, héros de guerre ou écrivains.

La quête de liberté et de justice
Joséphine Baker sera ainsi la première femme noire, et la première artiste de scène à être célébrée en ces lieux. La sixième femme, seulement, à entrer au Panthéon, sur 81 pensionnaires. Mais le symbole va bien au-delà.

Joséphine Baker a choisi la France pour y devenir une meneuse de revue iconique des Années folles. Elle a ensuite profité de sa notoriété pour entrer dans le contre-espionnage pendant la Seconde guerre mondiale avant de mener un combat international contre le racisme en devenant la mère de douze enfants adoptés aux quatre coins du monde.

“Une histoire personnelle exemplaire”, de celle qui, sans plume ni paillette mais en uniforme de la France libre, s’était exprimée après Martin Luther King et son fameux “I have a dream” en 1963, à Washington. (1)

La tribu arc-en-ciel
De ce fait, alors qu’elle sait qu’elle ne pourra jamais enfanter, à la suite d’une grossesse pathologique, l’idée d’adopter fait son chemin. Quand elle épouse Jo Bouillon en 1947, elle est déjà très active au sein de la Ligue internationale contre l’antisémitisme. Elle sent la France prête à accueillir une société multicolore et multiraciale, ce qui la conduit à adopter 12 enfants. Il est temps de faire tomber les préjugés, elle accueille donc des enfants venus de tous pays, de toutes cultures et de toutes confessions peuvent se considérer comme frère et sœur. L’humanisme plutôt que le culturalisme : ce sont là les bases de la tribu arc-en-ciel. (2)

Dans la Presse  (29-11-2021)